
« Si le souci des biens matériels devient si grand qu’il obscurcit la mission d’évangélisation, nous sommes perdus, nous aurons perdu l’essence même !!! «
Discours du Nonce apostolique
à l’occasion de l’ouverture de la XXXIIIe
session plénière ordinaire de la Conférence épiscopale gabonaise,
13 janvier 2026, Libreville
“ De la bonne gestion des biens à l’autonomie financière de notre Église locale : examen, bilan, évaluation et approfondissement des aspects spécifiques (Quêtes, Intentions de messe et Denier du culte) ”
Excellences et Révérends confrères dans l’épiscopat
Révérends prêtres, religieux et religieuses
Chers frères et sœurs
Je suis heureux d’être parmi vous à l’occasion de l’inauguration de la XXXIIIe session plénière ordinaire de la Conférence épiscopale gabonaise, qui se tient quelques jours après la clôture solennelle de l’année jubilaire par le pape Léon XIV.
Personnellement, j’ai tenu à être parmi vous aujourd’hui, car comme vous le savez bien, je suis à la fin de ma mission au Gabon et au Congo. Par la volonté du Saint-Père, j’ai été nommé le 22 novembre dernier Nonce Apostolique en Algérie, où je me rendrai dans quelques jours. C’est pourquoi j’ai jugé important d’être ici avec vous, pour être proche de cette Église bien-aimée du Gabon à laquelle j’ai eu le privilège de consacrer quatre années de ma ministère épiscopale en tant que Nonce Apostolique.
Maintenant, permettez-moi de faire quelques réflexions sur le thème de cette session plénière ordinaire : “De la bonne gestion des biens à l’autonomie financière de notre Église locale : examen, bilan, évaluation et approfondissement des aspects spécifiques (Quêtes, Intentions de messe et Denier du culte)”. Comme vous le savez bien, ce sujet fait suite au thème de la précédente Assemblée de 2025. J’espère donc qu’après une année de réflexion, vous avez déjà une idée claire de la manière dont cette Église gabonaise peut atteindre l’autonomie financière. Je suis certain que, au cours de cette session, des projets vertueux et réalistes seront proposés pour améliorer ce qui existe déjà dans vos diocèses. Je sais que certains diocèses ont mis en place avec succès des projets axés sur l’autofinancement et j’espère que cette Assemblée sera l’occasion d’écouter et de partager les expériences recueillies.
Nous ne devons pas oublier que, avant tout, l’Église ne devrait jamais devenir un instrument pour attirer ou rechercher des richesses comme si c’était la priorité absolue. L’Église, comme nous l’a souvent dit le pape François, doit être une Église de périphérie, une Église qui vit en contact avec la réalité qui nous entoure. Nous ne pouvons pas aspirer à être une Église riche au milieu d’un peuple pauvre. La première chose que nous devons garder à l’esprit est ce que disait le Saint-Père, le pape François : l’Église doit avant tout se comporter comme une « administrateur fidèle et prudent, a le devoir de prendre soin attentivement de tout ce qui lui a été confié, l’Église est consciente de sa responsabilité de préserver et de gérer avec attention ses biens, à la lumière de sa mission d’évangélisation et avec une prévenance particulière envers les personnes qui sont dans le besoin. De manière spéciale, la gestion des secteurs économique et financier de l’Eglise est intimement liée à sa mission spécifique, non seulement au service du ministère -du culte e du gouvernement -, mais également en ce qui concerne le bien commun, dans la perspective du développement intégral de la personne humaine ». Motu Proprio du Pape François FIDELIS DISPENSATOR ET PRUDENS.
Au contraire, il serait très décourageant que, après une année de réflexion, les pasteurs de l’Église gabonaise estiment que la priorité absolue est d’assurer le bien-être et la suffisance économique sans tenir compte de la réalité de leur peuple.
L’année dernière, dans cette même assemblée, j’ai déclaré qu’il était impossible de parler de bonne gestion des biens sans une approche honnête, sincère, transparente et responsable. Sans une telle approche, nous nous retrouverons face à des situations opaques, peu claires, voire illégales ; la transparence dans la gestion des questions économiques est un point de départ pour gagner la confiance et la générosité de notre peuple.
La recherche d’une bonne gestion des biens temporels de l’Église, à laquelle vous avez consacré deux assemblées ordinaires au cours de l’année 2025, a pour seule mission de favoriser l’œuvre d’évangélisation !!! Si le souci des biens matériels devient si grand qu’il obscurcit la mission d’évangélisation, nous sommes perdus, nous aurons perdu l’essence même !!! Souvenons-nous que Jésus a voulu que l’Église soit avant tout sainte !!! Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » Mt 6,33.
Une dernière pensée va à nos fidèles qui doivent travailler dur pour subvenir aux besoins de leur famille, car ce sont eux qui, en fin de compte, soutiennent l’Église. Je vous prie, dans les décisions que vous prendrez, de ne pas oublier les pauvres. Que leur pauvreté matérielle ne devienne pas pour eux un obstacle à l’accès aux sacrements. La grâce divine n’a pas de prix !!! Nous ne sommes que des dispensateurs, pas des maîtres.