Lu pour vous : « Rien n’est assez grave pour mourir ».

Notre rédaction a appris avec désolation le décès d’un jeune adolescent qui
s’est jeté du haut de la passerelle piétonne jouxtant l’établissement, le lundi 9 mars à midi après avoir fait un signe de croix.

S M,
Si cette lettre avait pu te trouver quelques minutes plus tôt, peut-être qu’elle t’aurait retenu au bord de cette passerelle. Peut-être pas. Parce que quand un jeune homme arrive à cet endroit de solitude où plus personne ne semble pouvoir entrer, même les mots deviennent trop petits.

Mais je veux quand même te parler.

Tu vois, Steeven, la vie a ce défaut terrible : elle met parfois sur les épaules des jeunes des poids qui ne devraient jamais être les leurs. La peur, la honte, le regard des autres, les erreurs qu’on croit irréparables… tout ça peut finir par ressembler à un mur sans porte.

Et quand on a ton âge, on croit souvent que ce mur est la fin de la route.

Mais ce n’est jamais la fin.

Ce que tu vivais ce jour-là, cette histoire, ces accusations, cette peur peut-être de décevoir, d’être jugé, d’être arrêté, d’être montré du doigt, ce n’était pas une condamnation à mort. C’était une tempête. Et les tempêtes, aussi violentes soient-elles, finissent toujours par passer.

Tu n’étais pas seul, Steeven.

Ta maman était là.
Tes camarades étaient là.
Un ami a essayé de te sauver.
Des adultes ont crié ton nom.

Quand autant de voix appellent quelqu’un à rester, c’est que sa vie compte.

Mais parfois, quand la détresse parle trop fort, on n’entend plus rien.

Tu sais, dans la vie, on fait tous des erreurs. Des grosses. Des honteuses. Des stupides. Des erreurs qui nous donnent envie de disparaître pendant quelques jours.

Mais disparaître pour toujours… c’est laisser derrière soi une douleur qui ne disparaît jamais.

Ta mère va vivre toute sa vie avec cette question terrible :
« Et si j’avais trouvé les bons mots ? »

Tes camarades vont se souvenir longtemps de cette scène qu’aucun adolescent ne devrait voir.

Et nous, adultes, nous allons devoir regarder en face une vérité que nous préférons souvent ignorer : nos enfants souffrent parfois en silence dans un monde où on leur demande d’être forts trop tôt.

Steeven, ton geste n’était pas la solution.

Mais ta douleur, elle, était réelle. Et elle mérite qu’on la regarde avec humanité, pas avec des pierres dans les mains.

Parce qu’un jeune qui tombe ainsi, ce n’est pas seulement un élève qui disparaît.
C’est un avenir qui s’éteint.
Un rire qui ne reviendra plus dans une cour de récréation.
Une chaise vide dans une salle de classe.

Alors aujourd’hui, il ne faut pas seulement pleurer Steeven.

Il faut écouter les autres Steeven qui sont encore parmi nous.

Ceux qui sourient en classe mais qui s’écroulent quand la nuit tombe.
Ceux qui ont peur de parler.
Ceux qui pensent que leur erreur vaut plus que leur vie.

À ceux-là, il faut dire une chose simple :

Rien n’est assez grave pour mourir à 20 ans.

Même quand tout semble foutu, la vie trouve toujours une façon de recommencer.

Et parfois, il suffit d’une main tendue pour empêcher un pas de trop.

Steeven, là où tu es maintenant, j’espère que tu as trouvé la paix que tu cherchais.

Mais ici, sur cette terre, ton histoire doit nous obliger à être meilleurs.
Plus attentifs.
Plus humains.
Plus présents.

Parce qu’aucun enfant ne devrait se sentir seul au point de penser que le vide est la seule sortie.

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