
4ᵉ semaine du Temps ordinaire (année A),
Textes : 2 S 24, 2.9-17 / Ps :31 / Marc 6, 1-6.
Frères et sœurs bien-aimés,
Les textes que nous venons d’entendre nous invitent aujourd’hui à réfléchir sur un obstacle discret mais redoutable dans la vie spirituelle : la confiance mal placée et le manque de foi.
Dans la première lecture, le roi David ordonne le recensement du peuple. En soi, cet acte peut sembler anodin, mais il révèle une tentation profonde : celle de s’appuyer sur le nombre, la force humaine, la puissance militaire, plutôt que sur Dieu. Après le recensement, David prend conscience de sa faute : « J’ai gravement péché en faisant cela. » Cette lucidité tardive montre que le péché n’est pas toujours un acte spectaculaire ; il peut être une subtile déviation du cœur, un glissement de la confiance en Dieu vers la sécurité humaine.
La conséquence est lourde, et le peuple en souffre. Mais ce passage nous révèle aussi un Dieu qui ne se réjouit pas de la punition. Devant l’ange destructeur, le Seigneur s’arrête, et David intercède : « C’est moi qui ai péché, que ta main s’abatte sur moi. » Nous découvrons ici un Dieu attentif, compatissant, et un roi qui, malgré sa faute, redevient pasteur en offrant sa vie pour son peuple.
Le psaume 31 met des mots sur cette expérience intérieure : « Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mon péché. » La guérison commence toujours par la vérité. Tant que nous nous justifions, la grâce ne peut pas nous rejoindre pleinement. Mais lorsque nous reconnaissons humblement nos limites, Dieu devient notre refuge.
L’Évangile de saint Marc nous présente une autre forme de résistance à Dieu : le refus de croire. Jésus revient à Nazareth, chez les siens. Ils le connaissent trop bien — ou du moins le croient-ils. « N’est-il pas le charpentier ? » Leur familiarité devient un écran. Parce qu’ils pensent savoir qui est Jésus, ils ferment leur cœur à ce qu’il veut leur révéler.
Et le texte est saisissant : « Il ne pouvait accomplir là aucun miracle, à cause de leur manque de foi. » Non pas que la puissance de Dieu soit limitée, mais parce que Dieu respecte la liberté humaine. Sans ouverture du cœur, même Dieu ne force pas l’entrée.
Ces deux lectures se répondent : David se fie à sa propre force et s’égare ; les habitants de Nazareth se fient à leurs certitudes et passent à côté du salut. Dans les deux cas, le cœur se ferme à l’action de Dieu.
Frères et sœurs, ces textes nous interrogent personnellement. Où plaçons-nous notre sécurité ? Dans nos compétences, nos habitudes, nos certitudes religieuses ? Ne risquons-nous pas, nous aussi, de réduire Dieu à ce que nous connaissons déjà, en oubliant qu’il est toujours plus grand ?
La foi véritable demande une attitude d’humilité : reconnaître que nous avons besoin de Dieu, chaque jour, et accepter qu’il nous surprenne. Là où il y a cette ouverture, même fragile, Dieu peut agir.
Demandons aujourd’hui la grâce d’un cœur simple, capable de reconnaître ses fautes comme David, et assez humble pour accueillir Jésus sans préjugés. Alors, même au cœur de notre quotidien le plus ordinaire, Dieu pourra accomplir ses merveilles. Amen.
*Mgr G.R.B*