
Nous voulons partager, mieux vous faire lire cette belle réflexion du Père Marius Hervé Djadji du diocèse de Yopougon en Côte d’Ivoire sur le silence de cette Mère qu’est la sainte Eglise Catholique devant les injures, les accusations mensongères des pasteurs.
L’Église catholique réagit lorsque des personnes sérieuses développent une réflexion argumentée contre sa doctrine. Tel fut le cas des grandes controverses théologiques des cinq premiers siècles. Les hérétiques de cette période n’étaient pas de simples polémistes : ils maîtrisaient l’Écriture, connaissaient la tradition ecclésiale et formulaient des objections doctrinales de haut niveau, obligeant l’Église à préciser et à définir sa foi.
Ainsi, lorsque Arius remet en cause la divinité du Christ, les débats théologiques conduisent l’Église à définir officiellement, au concile de Nicée (325), puis à Constantinople (381), que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, consubstantiel au Père, engendré et non créé.
Lorsque Nestorius pose le problème de l’unité du Christ et de la relation entre ses natures divine et humaine, l’Église se réunit au concile d’Éphèse (431). Les débats aboutissent à l’affirmation de l’unité de la Personne du Christ et à la proclamation de Marie comme Théotokos, Mère de Dieu.
En 451, lorsque Eutychès, s’appuyant sur une interprétation radicale de la christologie alexandrine de saint Cyrille, soutient l’existence d’une seule nature après l’Incarnation, l’Église répond au concile de Chalcédoine. Elle y formule la doctrine christologique selon laquelle Jésus-Christ est une seule Personne en deux Natures, sans confusion, sans changement, sans division ni séparation.
Au XVIᵉ siècle, lorsque Martin Luther pose la question de la justification — en particulier le rapport entre la foi, la grâce et les œuvres —, les débats théologiques conduisent l’Église à une clarification doctrinale majeure lors du concile de Trente (1545–1563). Dans le cadre du dialogue œcuménique contemporain, catholiques et luthériens sont parvenus, en 1999, à un consensus différencié sur cette question, sans nier les différences réelles de compréhension.
Que voulons-nous souligner par ce détour historico-théologique ?
L’histoire de l’Église montre que les débats doctrinaux sérieux et de haut niveau ont toujours permis de clarifier la foi chrétienne. L’Église a progressé de débat en débat, non par goût de la controverse, mais par fidélité à la vérité révélée. Les grandes hérésies de l’histoire ont souvent été portées par des penseurs de grande envergure intellectuelle, dont les objections ont obligé l’Église à affiner son langage théologique.
Ni l’organisation de l’Église, ni le canon biblique, ni les formulations dogmatiques ne sont « tombés du ciel » de manière magique. Ils sont le fruit d’un long travail de discernement, depuis le Christ et les apôtres jusqu’aux Pères de l’Église, qui ont donné un langage précis à la foi chrétienne. Le Credo de Nicée-Constantinople, récité aujourd’hui par l’ensemble des chrétiens, est lui-même issu de conflits doctrinaux et de débats théologiques intenses.
Aujourd’hui encore, l’Église participe à des dialogues théologiques avec d’autres confessions chrétiennes, d’autres Églises, et même avec d’autres religions, afin de préciser les points de doctrine. Si la Révélation est close depuis la mort du dernier apôtre, sa compréhension ne s’épuisera pleinement qu’à l’eschaton. Tel est précisément le rôle de la théologie : entrer en dialogue avec les autres sciences et les autres formes de rationalité pour approfondir l’intelligence de la foi.
L’Église catholique n’a donc pas peur du débat. Elle est née dans le débat, puisque le Christ lui-même dialoguait et controversait avec les pharisiens et les docteurs de la Loi. C’est aussi parce que la réflexion rationnelle occupe une place centrale dans le catholicisme que l’Église a été à l’origine du système scolaire et universitaire occidental, depuis l’époque carolingienne.
Mais de quels débats parlons-nous ?
Les injures, les insultes et les attaques gratuites contre l’Église ne constituent pas des débats théologiques. Les pasteurs et les théologiens n’entrent pas sur ce terrain, parce qu’il n’y a là aucun contenu intellectuel. Or, de rien, rien ne peut sortir. On ne mobilise l’arsenal théologique et spirituel que lorsqu’il existe une contradiction réelle, capable de faire grandir la foi des fidèles.
Par ailleurs, avec la monétisation des réseaux sociaux, beaucoup ont trouvé dans l’hostilité envers l’Église un véritable fonds de commerce. Pour certains « brouteurs spirituels », insulter les prêtres, les évêques et l’Église catholique devient un moyen d’obtenir visibilité et revenus. Or, dans le sport comme dans la boxe, ce sont des adversaires de même catégorie qui s’affrontent.
Face à cette situation, l’une des principales responsabilités de l’Église demeure l’éducation des fidèles, en particulier sur les réseaux sociaux, où les plus fragiles peuvent facilement tomber sous l’influence de faux pasteurs dont la « bible » est l’injure, le mensonge, et dont l’action consiste à troubler ceux qui cherchent sincèrement Dieu et le sens de leur vie.
L’Église catholique demeure cette Mère qui, malgré le poids de l’âge, malgré les épreuves de l’histoire et le poids de la prière, reste toujours belle : sans maquillage, sans artifices, sans faux-semblants — parce que sa beauté vient du Christ.