
4ᵉ semaine du Temps ordinaire (année A)
Textes : 2 S 18, 9-10.14b.24-25a.30 à 19,4 / Ps :85 / Mc 5, 21- 43.
Frères et sœurs bien-aimés
Les lectures de ce jour nous font entrer dans une expérience profondément humaine et spirituelle : celle de la souffrance, de la perte, mais aussi de l’espérance qui renaît quand Dieu intervient là où tout semble fini.
Dans la première lecture, nous sommes témoins du drame bouleversant du roi David. Absalom, son fils, est mort, et David pleure : « Mon fils Absalom ! Ah, si j’étais mort à ta place ! » Ce cri n’est pas seulement celui d’un roi vaincu, mais celui d’un père brisé. Malgré la trahison, malgré la rébellion, David reste un père. Il porte une douleur que rien ne peut consoler. Cette page biblique nous rappelle que la foi n’efface pas les larmes. La Bible ne cache jamais la souffrance humaine : elle la traverse avec Dieu.
Le psaume 85 vient alors comme une réponse intérieure : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. » Même au cœur de la détresse, Dieu prépare une réconciliation, une restauration. Le psaume n’ignore pas la blessure, mais il ouvre une brèche vers la fidélité de Dieu, plus forte que nos drames.
L’Évangile de saint Marc nous conduit encore plus loin dans cette espérance. Deux récits s’entrelacent : celui de Jaïre, un chef de synagogue dont la fille est mourante, et celui d’une femme malade depuis douze ans. Deux détresses, deux attentes, deux chemins de foi.
La femme souffre en silence. Elle a tout essayé, tout perdu. Elle n’ose même pas parler à Jésus : elle se contente de toucher son manteau. Ce geste discret est pourtant un acte de foi immense. Et Jésus s’arrête. Il ne laisse pas cette guérison passer inaperçue. Il veut rencontrer la personne, pas seulement résoudre le problème. Il lui rend la santé, mais aussi la dignité : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. »
Pendant ce temps, la situation de Jaïre empire. On vient lui dire : « Ta fille est morte. » Ces mots résonnent comme une sentence définitive. Combien de fois nous aussi entendons intérieurement cette phrase : « Il n’y a plus d’espoir », « C’est trop tard », « Rien ne changera ». Mais Jésus répond : « Ne crains pas, crois seulement. » Ce n’est pas un refus de la réalité, c’est une invitation à lui faire confiance au-delà de ce que nous comprenons.
Jésus entre dans la maison, prend la main de l’enfant et dit : « Talitha koum », « Petite fille, je te le dis, lève-toi ». Là où la mort semblait avoir le dernier mot, la vie se relève. Jésus ne fait pas de grands discours. Il pose un geste simple, intime, plein de tendresse. Dieu agit souvent ainsi : discrètement, personnellement, au plus près de nos blessures.
Frères et sœurs, ces textes nous rejoignent dans nos propres combats. Peut-être portons-nous une douleur ancienne comme David. Peut-être avançons-nous en silence comme cette femme malade. Peut-être sommes-nous tentés de baisser les bras comme Jaïre. À chacun de nous, aujourd’hui, Jésus dit : « Ne crains pas. Crois seulement. »
La foi chrétienne n’est pas l’absence d’épreuves, mais la certitude que Dieu marche avec nous au cœur même de ces épreuves. Et parfois, quand tout semble terminé, Dieu murmure encore : « Lève-toi ».
Demandons au Seigneur la grâce d’une foi humble et persévérante, capable de le toucher même discrètement, et d’espérer contre toute espérance. Amen.