Hommage à l’abbé Floren MBUMB BWASS

DERNIERE PSALMODIE À FLORENT

« N’aie pas peur, le Seigneur Dieu est avec toi,
Chante pour Lui.
N’aie pas peur, le Seigneur Dieu chante avec toi,
Rends gloire à Dieu ! »

Florent,
Ces mots portent ta voix,
Cette voix qui savait relever les âmes,
Rassurer les cœurs troublés
Et rendre à l’espérance ceux que la vie avait blessés.
Aujourd’hui encore, malgré ton départ,
Je les entends résonner au plus profond de moi
Comme une bénédiction qui refuse de s’éteindre,
Comme un chant que même la mort ne peut interrompre.

Tu fus pour moi bien davantage qu’un prêtre :
Tu fus un père,
Un guide sur les chemins incertains,
Une main ferme posée sur mon épaule,
Une présence discrète auprès de mes premiers pas.
Lorsque Dieu murmurait son appel dans mon cœur
Et que je tremblais devant l’inconnu,
Tu as reconnu la flamme encore fragile ;
Tu l’as protégée, nourrie, affermie,
Jusqu’à ce qu’elle devienne le feu d’une vocation.

C’est toi qui m’as élevé,
Non seulement par tes paroles,
Mais par l’éloquence silencieuse de ta vie.
Tu m’as appris que le prêtre
Ne s’appartient plus tout à fait,
Qu’il devient le pain partagé,
La lampe qui se consume,
La porte ouverte au voyageur,
Le frère des pauvres,
Le confident des souffrants
Et le serviteur de la joie de Dieu.

Homme de foi,
Tu savais regarder plus loin que les apparences.
Là où d’autres ne voyaient que la faiblesse,
Tu cherchais la semence du relèvement.
Là où la nuit semblait avoir tout envahi,
Tu allumais patiemment une étoile.
Tu ne proclamais pas seulement l’Évangile :
Tu le rendais visible
Par ton accueil, par ton écoute,
Par ta fidélité dans les petites choses
Et par cette bonté profondément humaine
Qui donnait à chacun le sentiment d’être aimé de Dieu.

Tu étais un accompagnateur,
Non de ceux qui marchent devant pour être admirés,
Mais de ceux qui avancent aux côtés des autres
Afin que personne ne demeure seul sur le chemin.
Tu savais écouter les silences,
Comprendre les combats cachés,
Attendre sans condamner
Et reprendre sans jamais humilier.
Ton autorité ne pesait pas sur les épaules :
Elle ouvrait des chemins.
Ta parole ne blessait pas :
Elle corrigeait pour faire grandir.

Tu étais aussi un combattant,
Un combattant sans haine et sans armes,
Sinon celles de la vérité, de la justice et de la prière.
Tu as connu les fatigues du ministère,
Les incompréhensions, les déceptions,
Les heures où servir exige de souffrir en silence.
Pourtant, tu es demeuré debout,
Parce que ta force ne venait pas de toi,
Mais de Celui à qui tu avais donné ta vie.

Tu as combattu pour l’homme,
Pour sa dignité, pour sa liberté,
Pour que le pauvre ne soit pas oublié,
Que le faible ne soit pas écrasé,
Que le pécheur ne soit jamais privé d’espérance.
Ton humanisme prenait sa source
Dans le Cœur ouvert du Christ.
Tu aimais l’homme parce que tu aimais Dieu,
Et tu servais Dieu en relevant l’homme.

Aujourd’hui, « PA », ton absence me blesse.
Il est des départs que la foi éclaire
Sans parvenir aussitôt à consoler le cœur.
Il est des silences si profonds
Qu’ils semblent engloutir nos paroles.
Je voudrais encore entendre ta voix,
Croiser ton regard,
Recevoir un conseil, une bénédiction,
Ou simplement demeurer près de toi
Dans cette paix que ta présence savait donner.

Mais au milieu de mes larmes,
Une immense fierté se lève.
Je suis fier d’avoir été ton fils spirituel.
Fier d’avoir grandi sous ton regard.
Fier d’avoir appris auprès de toi
Que la vocation sacerdotale
N’est ni un honneur à rechercher
Ni un pouvoir à exercer,
Mais une offrande quotidienne,
Une fidélité parfois crucifiée,
Un amour qui accepte de ne rien garder pour lui-même.

Si je suis prêtre aujourd’hui,
Une part de ton oui demeure dans le mien.
Une part de ta prière traverse ma prière.
Une part de ton courage soutient mes combats.
Dans chaque Eucharistie que je célèbre,
Dans chaque pardon que je transmets,
Dans chaque main que je relève,
Il y a quelque chose de l’héritage
Que tu as déposé en moi.

Ton départ ne détruit pas cet héritage :
Il le rend plus sacré encore.
Car ceux qui nous ont conduits vers Dieu
Ne disparaissent jamais entièrement.
Ils demeurent dans la lumière qu’ils ont allumée,
Dans les vocations qu’ils ont fait éclore,
Dans les vies qu’ils ont restaurées,
Dans les larmes qu’ils ont essuyées
Et dans le bien qu’ils ont semé sans bruit.

Alors, malgré ma peine, je veux te répondre
Avec les paroles mêmes que tu nous as laissées :

Je n’aurai pas peur,
Car le Seigneur Dieu est avec moi.
Je chanterai pour Lui,
Puisque tu m’as appris à faire de ma vie un cantique.
Je n’aurai pas peur,
Car le Seigneur Dieu chante avec moi,
Et dans ce chant de foi,
Je reconnaîtrai toujours l’écho de ta voix.

Va en paix, Florent.
Va vers Celui que tu as aimé, annoncé et servi.
Reçois maintenant la lumière
Que tu as si souvent déposée dans nos nuits.
Et si mes yeux pleurent ton départ,
Mon cœur, lui, se tient debout,
Reconnaissant, fier et rempli d’espérance.

Car ta vie fut une louange,
Ton sacerdoce, une offrande,
Ton humanité, un refuge,
Et ton passage parmi nous,
Un vibrant chant à la gloire de Dieu.

« N’aie pas peur, le Seigneur Dieu est avec toi,
Chante pour Lui.
N’aie pas peur, le Seigneur Dieu chante avec toi,
Rends gloire à Dieu ! »

Ton fils Dieudonné.

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