
Le jeudi 17 septembre 2026, Son Excellence Mgr Jean Patrick IBA-BA a ouvert la session diocésaine de la rentrée pastorale 2026-2027 à la cathédrale Notre Dame de l’Assomption. Nous publions ici le mot d’ouverture prononcé par le metropolitain de libreville :
Chers fils et filles de Dieu,
Chers prêtres et diacres
Chers religieux et religieuses,
Chers responsables des œuvres et des institutions de notre Église diocésaine,
Chers fidèles laïcs,
Nous voici de nouveau réunis pour relire ce que nous avons vécu au cours de l’année pastorale écoulée et discerner ensemble, les orientations que le Seigneur nous invite à prendre pour cette nouvelle année.
Avant toute chose, je voudrais vous adresser une parole de profonde gratitude. Merci pour votre présence, votre disponibilité et pour tout ce que chacun accomplit, souvent dans la discrétion, mais avec détermination, au service de notre diocèse et de la société gabonaise.
Au cours de cette année, j’ai eu l’occasion de vous rencontrer dans vos paroisses, vos communautés et vos différents lieux d’apostolat, mais aussi dans les villages et auprès des communautés établies sur les rives de l’Ogooué et des lacs que j’ai pu visiter. Ces déplacements m’ont permis de mieux percevoir la diversité de nos réalités pastorales et diocésaines. J’y ai rencontré des prêtres engagés dans leur ministère, des consacrés généreux dans leur mission et des fidèles laïcs désireux de prendre davantage leur part dans la vie de l’Église. J’ai également recueilli vos attentes, vos interrogations et, parfois, vos inquiétudes. Toutes ces expériences doivent désormais nourrir notre réflexion et éclairer nos choix.
Lorsque nous nous sommes retrouvés pour notre première session pastorale autour de la parole du Seigneur : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde », nous ne cherchions pas simplement un thème pour une année pastorale. Nous voulions nous interroger sur ce que signifie, pour un chrétien de l’Archidiocèse de Libreville, vivre réellement de son baptême et témoigner du Christ au cœur de la société gabonaise.
Cette rencontre a fait apparaître une réalité qui m’a particulièrement marqué : une véritable soif. Soif de renouveau ; soif d’approfondissement de la foi ; soif de formation ; soif de participation plus active à la vie de l’Église ; soif de témoignage chrétien dans nos différents milieux de vie.
Beaucoup ont exprimé le désir de mieux comprendre leur identité chrétienne, de redécouvrir le sens de leur vocation baptismale et d’assumer plus pleinement leur responsabilité dans la mission de l’Église. Cette aspiration constitue pour nous un appel à accompagner, à structurer et à faire fructifier la diversité des talents et des charismes dont regorge notre diocèse.
C’est dans cette perspective que, de novembre 2025 à mars 2026, j’ai rencontré plusieurs de nos structures diocésaines : la Commission Famille et Vie, la Commission Communication, la Commission Liturgique, la Commission des Vocations, la Commission de l’Apostolat des laïcs, la Commission Catéchèse et Formation permanente, le Mouvement Évangile et Vie, la Caritas diocésaine, le Renouveau charismatique, la Légion de Marie, mais également le Petit Séminaire Saint-Jean, ainsi que nos lycées et collèges. Ces échanges avaient pour objectif d’établir un diagnostic, afin de mieux connaître ce qui se vit sur le terrain, d’identifier les besoins et de dégager les moyens d’avancer.
Il nous faut maintenant assurer la continuité de ce travail. J’attends donc de nos structures de gouvernement qu’elles veillent, chacune dans son domaine de compétence, au suivi régulier des orientations retenues. Le Vicaire général, le Chancelier, l’Économe diocésain, les doyens, les responsables des commissions et les aumôniers doivent pouvoir rendre compte de l’avancement des actions qui leur sont confiées. Nous devons savoir périodiquement ce qui a été accompli, ce qui demeure en cours, les difficultés rencontrées et les questions qui nécessitent une nouvelle décision.
Pour ma part, je veux continuer à rencontrer les prêtres, les consacrés, les familles, les jeunes et les fidèles laïcs, à visiter nos communautés et à demeurer disponible pour écouter vos préoccupations et accueillir vos propositions, et guider notre marche commune à la suite du Christ.
Les rencontres vécues au cours de cette année ont renforcé en moi la conviction que notre action pastorale doit prendre davantage en considération la personne dans toutes ses dimensions : sa relation au Seigneur, sa vie humaine et familiale, son enracinement culturel, son appartenance à l’Église, ses relations avec les autres et sa responsabilité dans la société. C’est dans cette perspective que nous sommes conduits, cette année, à approfondir la question de l’éducation catholique intégrale.
Il ne s’agit nullement de nous éloigner de ce que nous avons commencé à vivre autour du sel et de la lumière, mais d’en tirer toutes les conséquences. Être sel de la terre c’est s’approprier le style et le cœur du 100⁒ catho. Etre lumière c’est faire fructifier les dons que nous avons reçus du Seigneur et grandir comme témoins authentiques, capables de discerner, de choisir le bien, d’assumer nos responsabilités et de témoigner de notre foi dans les réalités concrètes de notre existence.
C’est précisément là que se pose pour nous la question de l’éducation : comment aidons-nous, en tant que diocèse, les personnes qui nous sont confiées à grandir et à devenir des chrétiens capables de vivre leur foi et d’en témoigner dans chacun de leurs milieux de vie ?
L’éducation catholique que nous voulons approfondir cette année doit être comprise dans toute son ampleur. Elle ne se réduit pas à la transmission de connaissances. Elle concerne l’intelligence et la conscience, la vie spirituelle et les relations humaines, la capacité de travailler et de servir, le rapport à la société, à la culture, au numérique et à la sauvegarde de la création. Elle doit permettre à chacun de grandir dans sa relation avec Dieu, tout en devenant davantage capable de prendre sa place dans la communauté humaine et ecclésiale.
Au terme de la consultation menée auprès des commissions diocésaines durant l’année pastorale écoulée, j’ai donc souhaité réaffirmer avec force une orientation déjà donnée dans notre diocèse : toute personne appelée à exercer une responsabilité dans l’Archidiocèse de Libreville, qu’il s’agisse d’un groupe, d’un mouvement, d’une coordination, d’une commission, d’un service ecclésial ou d’un ministère d’enseignement et d’apostolat, doit pouvoir bénéficier d’au moins une formation proposée à l’échelle diocésaine.
Nous disposons déjà de plusieurs possibilités pour répondre à cette exigence. Je pense notamment à la formation permanente des laïcs proposée à l’Immaculée, à la formation des conseillers canoniques assurée par l’Université Catholique d’Afrique Centrale, ainsi qu’aux différentes formations portées par la Commission Famille et Vie.
À côté de ces dispositifs structurés, notre vie diocésaine offre d’autres véritables espaces de formation : les conférences de Carême sous la conduite de la Commission catéchèse et Formation Permanente ; les Journées Abbé Noël NGWA NGUEMA à la paroisse Coeur Immaculé de Marie ; les Journées sociales, les temps spirituels et les retraites proposés par le Foyer de Charité, le Monastère des Sœurs Clarisses et depuis l’année dernière, par le Centre Spirituel d’Ekouk. Les pèlerinages, organisés par la Maison du Pèlerin, peuvent, eux aussi, devenir d’authentiques expériences de formation, lorsqu’ils sont vécus comme des temps de découverte, de prière et de croissance dans la foi.
Tout en saluant la richesse de ces offres de formation, je dois cependant exprimer une profonde tristesse. Nous avons à notre disposition des propositions susceptibles de nourrir notre foi, notre intelligence chrétienne et notre engagement, mais auxquelles nous ne répondons pas suffisamment présents. En effet, nous constatons, pour le regretter, que ces initiatives ne suscitent malheureusement pas la participation et l’intérêt qu’elles méritent auprès de chacun de nous. Il nous faut changer cette manière de faire.
À partir de cette année, je souhaite que nous développions une véritable culture diocésaine de la formation. Lorsqu’un enseignement, une conférence, une retraite, un pèlerinage ou toute autre proposition est annoncé par le diocèse, chacun doit se sentir concerné et se demander ce qu’il peut en recevoir pour sa vie chrétienne et pour le service qui lui est confié.
Il ne s’agit pas d’attendre uniquement les formations spécialement organisées pour son propre groupe ou son ministère. Toute la communauté diocésaine doit pouvoir se mettre en mouvement et saisir ces occasions pour approfondir sa foi, renouveler son engagement et mieux servir.
Nous devons également ouvrir de nouveaux espaces de formation. C’est dans cet esprit que j’annonce la création des Journées André-Raponda-Walker, destinées à valoriser l’œuvre du premier prêtre gabonais. Je confie, à la Commission Catéchèse et Formation Permanente, la responsabilité de mobiliser autour d’elle, toutes les personnes et ressources nécessaires, pour la matérialisation de cette décision.
Le Père André Raponda-Walker demeure une figure majeure de l’Église au Gabon et de notre patrimoine ecclésial, notamment par son ministère missionnaire, son travail de recherche, sa connaissance des cultures et des langues de notre pays, ainsi que par sa contribution à la transmission du patrimoine culturel et religieux gabonais. Faire mémoire de son œuvre, c’est faire de son héritage un point de départ pour transmettre, réfléchir, étudier, dialoguer et mieux comprendre ce que notre Église et notre société ont reçu, mais aussi ce qu’elles sont appelées, à leur tour, à transmettre.
Cette culture de la formation doit également s’inscrire dans le calendrier pastoral. Les quatre semaines de l’Avent et les six semaines de Carême doivent devenir dans nos paroisses des temps privilégiés d’enseignement des fidèles. J’exhorte les Doyens et les curés, à arrêter pour ces périodes un programme commun d’enseignements et à veiller à sa mise en œuvre. J’invite également l’UDVIC à inscrire la formation permanente parmi ses priorités, avec des propositions régulières pour les consacrés. Dans le même esprit, nous devons mieux accompagner les catéchistes des zones rurales. Des sessions seront organisées à Lambaréné, sous la supervision du Doyen de Saint-François Xavier, afin de travailler sur leur formation, leur statut, l’établissement d’une carte de catéchiste, leur kit de travail et leur prise en charge par les communautés paroissiales.
Ainsi comprise, l’éducation catholique intégrale traverse l’ensemble de notre action pastorale. Elle concerne la famille, l’école, la paroisse, les mouvements, les communautés religieuses et les aumôneries. À travers ces dernières, notre présence dans les établissements scolaires, les hôpitaux, les prisons, les institutions de la République, les services publics ainsi qu’auprès des forces de défense et de sécurité doit répondre concrètement à l’appel du Christ à être « sel de la terre et lumière du monde ».
Cette présence ne saurait être seulement institutionnelle : elle doit devenir un véritable témoignage évangélique, capable d’éclairer les consciences, d’accompagner les personnes, de promouvoir le sens du service et de contribuer au bien commun. L’éducation catholique intégrale rejoint également les lieux de prière, d’évangélisation, de culture, de pèlerinage et de service. Elle vise à former des chrétiens capables de vivre leur foi, de prendre des responsabilités dans l’Église et de contribuer activement à la construction de la société gabonaise.
La session diocésaine que nous ouvrons aujourd’hui doit donc partir de ce que nous vivons réellement.
Quels sont les principaux défis éducatifs auxquels notre diocèse est aujourd’hui confronté ? Que devons-nous transmettre à nos enfants et à nos jeunes ? Comment soutenir les familles dans l’accomplissement de leur responsabilité éducative ? Comment nos écoles catholiques peuvent-elles mieux contribuer à la formation intégrale de la personne ? Comment nos paroisses, nos mouvements et nos aumôneries peuvent-ils accompagner les jeunes dans leur croissance humaine et chrétienne ? Comment mieux intégrer notre patrimoine culturel et la sauvegarde de la création dans notre mission ? Comment donner à la synodalité, à l’évangélisation, aux retraites et aux pèlerinages toute leur portée éducative ? Et surtout, quelles priorités devons-nous retenir pour notre diocèse ?
Je souhaite que nos travaux permettent d’apporter à ces questions des réponses réalistes et porteuses d’espérance. Nous devons écouter, discerner et dégager des orientations susceptibles d’être effectivement mises en œuvre. J’attends donc de nos échanges qu’ils fassent émerger des priorités claires, des responsabilités identifiées et des actions réalisables, adaptées à notre contexte diocésain.
Je demande à ceux qui vont intervenir de nous aider à comprendre ce que l’Église entend par éducation catholique intégrale, mais surtout de nous conduire à regarder avec lucidité les défis qui se présentent aujourd’hui à l’Archidiocèse de Libreville. Il s’agit de déterminer ensemble, ce que nous pouvons et devons entreprendre.
À chacun de vous, je demande de prendre part à ces travaux avec liberté, franchise et le souci constant de rechercher ce qui sert véritablement la mission de notre Église et le bien des personnes qui nous sont confiées.
Comme le rappelaient les Pères lors du Synode sur la synodalité : « Prendre soin de sa propre formation est la réponse que chaque baptisé est appelé à donner aux dons du Seigneur, afin de faire fructifier les talents reçus et de les mettre au service de tous. »
Que Notre-Dame de l’Assomption, patronne de notre Cathédrale, nous accompagne et nous conduise toujours vers son Fils.
C’est dans cette confiance et au nom du Christ que je déclare ouverts les travaux de la Session pastorale diocésaine 2026-2027.
Son Excellence Monseigneur Jean Patrick IBA-BA
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